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Florian Russi
Der Drachenprinz

Märchen, Sagen und Geschichten aus der Mitte Deutschlands.

La légende de Saint-Valentin

La légende de Saint-Valentin

Florian Russi

Saint-Valentin et les amoureux

    
Traduit par Francesca Fabbri

Dans le cloître bénédictin de San Giusto de Tuscania, près de Viterbe il y avait, au début du XIe siècle, un moine appelé Valentino. Orphelin, il entra très tôt chez les bénédictins. Notre histoire commence quand il avait 23 ans: Valentino était un homme impulsif, qui s'enthousiasmait rapidement, mais il savait aussi être constant et diligent. Il était très pieux et vivait fidèle aux règles du fondateur de l'ordre, Benoît de Norcia, qui avait dit «prie et travaille". La communauté monastique de San Giusto n'avait alors que 18 moines et le travail ne manquait pas.

Valentino prit soin du jardin du couvent; il cultiva des légumes, des herbes et des fleurs, travailla avec passion : son travail était pour lui comme un service rendu à Dieu. C'est ainsi qu'il suivit la règle de son modèle spirituel, Benoît, qui poussait ses confrères à faire tout en l'honneur de Dieu.
Valentino laissait tous les jours les légumes et les herbes du jardin dans la cuisine du couvent, quant aux fleurs, il en prenait soin lui-même : la petite église du couvent était ainsi décorée toute l'année avec des fleurs de couleurs joyeuses; et quand l'abbé voulait honorer ou remercier quelqu'un, Valentino préparait des bouquets à cette occasion.

Un jour de printemps Valentino alla contrôler la croissance des plantes dans le jardin du couvent et remarqua deux roses qui n'étaient pas aussi belles que les autres; sans trop y réfléchir, il les coupa et les jeta de l'autre côté du mur qui longeait le jardin. Soudain, il entendit une voix de femme crier de douleur, il courut au mur, duquel on pouvait voir la route et se pencha pour mieux observer. Sur la route, au-delà du mur, il vit un jeune couple. Les deux roses étaient tombées sur le visage de la femme, et elle l'avaient blessée avec leurs épines. Son visage saignait encore un peu, la femme se plaignait, tandis qu'un homme essayait de soigner les blessures et disait en colère: «Quel idiot peut jeter des roses de cette manière !!??" Valentino regarda et dit, le cœur brisé "Voilà l'idiot ! Je vous demande pardon, je ne me suis pas rendu compte de mon geste. Je cours à la pharmacie du monastère pour chercher de l'eau médicale".

"Ce n'est pas nécessaire" répondit la femme, "Les fleurs sont l'expression de l'amour... Vos roses m'ont frappé de façon inattendue, mais elles ne peuvent pas être un hasard : elles sont la preuve que cette personne est l'homme qui est fait pour moi. Jusqu'à ce jour, je n'étais pas si sûre."

" Vénérable frère", ajouta alors le jeune homme « Vous avez été un instrument de Dieu. Nous allons nous marier dans votre couvent et vous serez notre témoin. Quel est votre nom?" "Mon nom est Valentino "dit le moine" Avant votre départ, je tiens à vous donner un bouquet de lys." Valentino alla dans le jardin et revint avec des fleurs coupées qu'il donna au couple au-delà du mur, puis il dit:« Dites-moi vos noms pour que je puisse prier pour vous ».

« Je suis Marcella " dit la femme " Et ce joli garçon s'appelle Eugène. Je suis vraiment amoureuse de lui. Cela doit être la volonté de Dieu. "."Je vous souhaite beaucoup de chance», dit Valentino, il descendit du mur et il suivit  le son des cloches, par lequel le frère Damian appelait les moines pour la prière du soir.

La rencontre avec le jeune couple resta gravée dans ses pensées pendant une longue période. Un peu plus tard, tout en travaillant dans le jardin, il entendit des voix à nouveau; il monta sur le mur et il vit un jeune couple qui s'embrassait, alors il dit: «Attendez, vous aurez aussi des fleurs de ma part", il coupa un bouquet d'œillets roses et il les lui donna.  « Qu'ils vous apportent du bonheur ! ». Le couple prit les fleurs, il en était si heureux que son bonheur arriva jusqu'au cœur de Valentino. A partir de ce moment, il fut normal pour lui d'offrir, à tous ceux qui passaient au-delà du mur, des bouquets de fleurs. La nouvelle allait de village en village et les jeunes amoureux se rendaient au couvent pour recevoir des fleurs de Valentino comme signe d'amour et de fidélité. Et non seulement les jeunes couples, mais aussi les gens plus âgés, les familles avec enfants, les amoureux de tout âge. Valentino ne faisait pas de différence et cherchait toujours les plus belles fleurs qui se trouvaient dans le jardin.

Frère Damiano, le gardien, regardait quelque peu perplexe tous ces gens et en parla à l'abbé, le Père Lorenzo. Ce dernier était un homme qui croyait fortement au commandement chrétien de l'amour pour les proches et il dit à Damiano: «Les fleurs et les cadeaux qui viennent du cœur apportent la bénédiction de Dieu ; il est bon, s'il y a assez de fleurs, que tous ceux qui le peuvent, en profitent ».

Il  fut vite clair que les dons de Valentino apportaient de nombreux avantages au couvent. Les fidèles, de plus en plus,  demandaient à être mariés à l'église, à y célébrer les fêtes religieuses ou y commémorer leurs morts. De nombreuses offrandes, grandes et petites, arrivaient  au couvent  et elles étaient essentielles à la survie de la communauté religieuse. Les moines vivaient dans la pauvreté, et de fait, ne pouvaient amasser assez d'argent pour entretenir le couvent ; mais maintenant les offrandes étaient recueillies par le comptable général du monastère: le cellérier. Mais Valentino ne faisait pas cela pour l'argent, ses cadeaux de fleurs étaient pour lui une nécessité qui venait tout droit du coeur. Il ne le faisait pas pour obtenir quelque chose en retour.

Une année se passa ainsi et tout le monde était heureux, ou presque. Le printemps suivant, Valentino entendit un jour une voix féminine qui l'appelait, et courut au mur où il pouvait regarder vers le bas. Sur le chemin il y avait une jeune femme qu'il reconnut immédiatement "Je suis Marcella," dit-elle: «Me reconnaissez-vous? Je suis la femme à laquelle vous avez jeté les roses! Mais je n‘ai pas eu de chance. Un mois plus tard, Eugène est allé étudier à Pérouse et il est tombé amoureux d‘une autre femme. "Je suis désolé ", dit Valentino "Les fleurs sont un signe, mais elles ne donnent pas de certitude. Il serait peut-être mieux pour vous de chercher une autre personne» «Au début, j‘étais triste et blessée  " ajouta Marcella "Puis j‘ai réalisé que Eugène n‘était pas la bonne personne pour moi. J' étais très amoureuse mais j'avais aussi quelques réserves."

Les cloches sonnaient à nouveau pour les vêpres du soir. Valentino promit à Marcella de prier pour elle et il lui demanda de revenir le lendemain au même endroit. Marcella accepta et depuis ce jour elle se rendit régulièrement au pied du mur pour parler à Valentino, d‘elle, de ses problèmes et de ses pensées. Un soir, au cours de la prière, Valentino réalisa qu'il ne pensait plus à l'honneur de Dieu, mais à Marcella et sa beauté. Son cœur était enflammé par l'amour. Lors de la rencontre suivante, il lui dit "Est-ce que tu vois les trois tilleuls là-bas avec les haies autour? Demain, à la même heure, on peut se rencontrer là-bas!" "Nous ne pouvons pas" répondit-elle," Vous êtes un moine et vous ne pouvez pas rencontrer une femme!" ; « Je veux seulement vous parler tranquillement" dit-il: «Je n‘ai pas encore fait tous les vœux et j'ai encore la possibilité de revenir à une vie normale et mondaine". Valentino la regarda avec amour et vit alors qu'elle aussi était amoureuse de lui. Marcella promit d'aller le lendemain à cette rencontre.  

Ce fut ainsi que le lendemain Valentin escalada le mur et courut vite au rendez-vous. Marcella attendait déjà. Les deux s‘embrassèrent et ne voulaient plus se quitter. Ce n'est que lorsqu'ils entendirent les cloches au loin que Valentino courut pour rentrer au couvent;  même Marcella ne voulait pas qu'ils le cherchent. A partir de ce moment ils se rencontrèrent tous les jours, le matin, l'après-midi et parfois même la nuit.

Frère Damiano, le gardien, se rendit vite compte d'un changement chez Valentino et il le surprit une fois monter sur le mur du couvent ! Valentino déclara, à cette occasion, qu'il était allé aider un garçon qui était tombé en courant. Mais Damiano ne le crut pas; Valentino craignait que, lorsque la communauté se réunirait pour le Chapitre, Damiano ne racontât tout aux frères et décida alors de le précéder et se confesser à son supérieur, l'abbé père Lorenzo.

Père Lorenzo était pour Valentino comme un père amical: il s'était occupé de lui quand Valentino était entré dans le couvent, encore mineur. Lorenzo était pour Valentino un modèle de vie, car il était à la fois très pieux et sympathique. Valentino plaçait tous ses espoirs dans son aide et il ne fut pas déçu. "Tu sais" dit Lorenzo, "Je t'ai toujours dit: fais un examen de conscience avant d'entrer dans l'ordre des Bénédictins, les règles aident dans la vie monastique, mais elles sont très difficiles. Et l'abstinence sexuelle est une épreuve très difficile, tout le monde n'arrive pas à s'y tenir. Tu sais que je t'aime comme un fils, et j'apprécie ton aimable caractère, je serais très triste que tu décides de quitter notre communauté, mais je ne mets pas d'obstacle sur ton chemin; je te demande simplement d'attendre un mois avant de prendre ta décision et de ne pas voir Marcella pendant ce temps. Au cour de ces quelques semaines, vous verrez si vous êtes vraiment fait l'un pour l'autre ". 

Valentino promit à son abbé qu'il ferait ainsi et le lendemain remonta sur le mur pour en informer Marcella. L'amie l'attendait avec l'affection habituelle, mais quelques minutes plus tard, elle devint sérieuse et dit, «Je pensais à notre histoire. Je veux me marier et avoir des enfants. Je t'aime, mais je ne pense pas que tu pourras nourrir une famille avec ton travail : tu es un jardinier, et tu n'es pas un maître artisan. Tu ne trouveras pas un emploi bien rémunéré à l'extérieur du couvent et mes parents n'ont pas les ressources pour nous entretenir. Moi-même, je n'ai que mon corps, que de nombreux hommes trouvent attrayant. T'aimer, ce fut merveilleux, mais je dois choisir. Nous devons être raisonnables et nous séparer".

Même si ces mots lui firent mal, Valentino dut reconnaître que Marcella avait raison et, avec les yeux pleins de larmes, il dit « oui ». Puis il l'embrassa et, comme si un fardeau insupportable s'était détaché d'eux, ils s'aimèrent pour la dernière fois. Les semaines et les mois suivants ne furent pas faciles pour Valentino, mais il était sûr que Marcella ne reviendrait plus au mur du jardin ni aux tilleuls. Il essaya de ne pas penser à elle, de penser seulement à son travail et à prier, il alla souvent prendre conseil auprès de son abbé. La plaie était dans son âme, mais il faisait en sorte que personne ne la remarque et continua à donner de la joie à travers les fleurs. 

Un jour de l'année suivante frère Damiano couru chez l'abbé Lorenzo pour lui signaler que, à la porte du couvent, un nouveau-né avait été abandonné dans un panier! Ce n' était pas la première fois qu'il se passait pareille chose, mais cette fois l'abbé était quelque peu circonspect, néanmoins, vu que ce n'était qu'un soupçon, il ne dit rien pour éviter de perturber la communauté monastique. Pour lui, c'était aussi clair qu'il ne serait pas possible de retrouver les parents de l'enfant avec certitude. La vie de l'enfant était alors pour lui le plus important ; il fit chercher une nourrice et écrivit à l'abbesse d'un cloître tout proche, qui, dans d'autres occasions, avait accueilli des enfants trouvés devant la porte principale du couvent de San Giusto. La réponse fut rapide et négative: à ce moment-là la communauté de religieuses ne pouvait pas prendre plus d'enfants, peut-être aurait-on pu faire une exception pour une jeune fille, mais pas pour un enfant mâle.

Lorenzo ne savait pas quoi faire. Il ne connaissait pas de famille prête à prendre un orphelin chez elle et il se rendit compte que ses confrères avaient commenc&eeacute; à beaucoup aimer ce bébé. Il leur posa alors directement la question, et ils répondirent qu'ils pouvaient bien envisager de garder le bébé au couvent et d'en prendre soin. Valentino et Damiano observèrent l'enfant de près, mais Damiano, malgré tous ses efforts, ne put voir aucune ressemblance avec Valentino ; Valentino ne se reconnaissait pas non plus dans l'enfant, même s'il devait admettre que le bébé ressemblait à la femme avec qui, moins d'un an auparavant, il avait eu un lien si fort. Valentino ne révéla pas ses pensées, mais il ne put empêcher qu'un sentiment fort ne naisse en lui pour l'enfant. Lorenzo baptisa le bébé avec les noms de Valentino et Damiano, et demanda aux deux moines d'en être les parrains: Damiano car il l'avait trouvé, Valentino car il s'occupait volontiers de tous. Il n'était donc pas difficile pour Valentino de prendre soin de l'enfant et de lui apprendre beaucoup de choses utiles.

Avec ses cadeaux floraux Valentino remplissait tous d'une grande joie. Avec la permission de son père Lorenzo il agrandi le jardin au-delà du mur du couvent pour avoir plus de terrain pour ses fleurs, et de plus en plus de gens venaient parler avec lui. Il était considéré comme un sage, et tous ce qui parlaient avec lui étaient heureux de sentir la chaleur de son cœur. En parlant avec les gens il apprit que Marcella avait quitté Viterbo et était allée à Rome, où elle avait rencontré un sculpteur célèbre et s'était mariée. Valentino était heureux que les choses se fussent arrangées comme cela.

Quelques années après ces événements le couvent avait retrouvé sa tranquillité : Valentino Damiano grandissait, le père Lorenzo l'aimait beaucoup et lui enseignait beaucoup de choses sur la vie et l'œuvre de Benoît, il apprenait de Valentino l'amour pour tous les hommes et pour les fleurs, et de Damiano comment tout regarder avec attention.

Dans les années suivantes, le couvent de San Giusto atteint le sommet de sa renomée: Valentino Damiano étudia la théologie et voulut se joindre à l'ordre bénédictin ; les quelques voix mécontentes qui se levèrent à cette occasion, en raison de son origine d'enfant trouvé, furent réduites au silence par l'évêque de Viterbe, qui l'aimait bien. Après la mort de Lorenzo l'évêque nomma Valentino Damiano comme successeur à la charge d'abbé du couvent. Valentino, lui aussi très âgé, était mort et le nouvel abbé était heureux de voir que l'ami des amoureux et des fleurs pouvait être honoré par l'ensemble de la population.

C'est en mémoire de Valentino qu'il est devenu d'usage, le 14 Février, jour de sa fête, d'offrir des fleurs, des bonbons et d'autres petits cadeaux. L'évêque savait qu'un saint martyr également nommé Valentino figurait parmi ses prédécesseurs, et appréciait ce culte. "Pour être saint il n'est pas toujours nécessaire de faire couler le sang» dit-il "Il ne faut pas toujours être des martyrs. Il suffit de se distinguer par l'amour pour les autres et pour les œuvres de charité."

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Illustrations : Rita Dadder
Un projet de Bertuch Verlag , Weimar et de la twsd , Trägerwerk Soziale Dienste